Kirghizistan

Album Photo Kirghizistan

Avant même de savoir que j'allais partir en tour du monde et à vélo, le Kirghizistan me faisait rêver. J'avais lu des récits et vu des photos de voyageurs y étant passés, qui parlaient de ces montagnes, cette nature, et des Kirghizes. Et j'en rêvais... A chaque fois que j'ai eu des doutes au cours des années précédant ce voyage, c'est en regardant des photos du Kirghizistan que j'ai retrouvé ma motivation. Ce pays est à l'origine de mon voyage, et en y entrant j'ai eu beaucoup d'émotion, en repensant à tout ce que j'avais vécu jusque-là, à ce que j'allais encore découvrir, et à ce beau pays qui était enfin là juste devant moi...

Petit à petit je quitte la vallée de Ferghana et je rentre dans les montagnes. Plus les kilomètres défilent et plus elles grandissent et se resserrent autour de moi, c'est grisant, c'est beau... La route est une succession de montées et de descentes de plus en plus raides, c'est fatigant, mais elle longe plusieurs retenues d'eau et c'est magnifique!



En chemin je retrouve Sam, avec qui j'avais pédalé quelques jours en Ouzbékistan. Nous passons la journée ensemble mais nous devons nous séparer le lendemain : depuis une quinzaine de jours j'ai une diarrhée par intermittence, particulièrement forte ces derniers temps. Pour pouvoir être en forme dans les montagnes et profiter du Kirghizistan, je décide de prendre un peu de repos et des antibiotiques.

Après deux jours à me reposer je reprends la route. Je passe la nuit dans un café-restaurant, à l'extérieur, au bord d'une rivière. Le cadre est excellent et le bruit de l'eau masque celui de la route. Ce n'est pas la première fois que je trouve ce genre d'endroit, et j'adore!

Le lendemain je pars à l'assaut de mon premier col. 1300 mètres. Ce n'est rien en comparaison des deux suivants mais c'est un bon test. Je monte sans souci. Je contourne ensuite un grand lac et je campe le soir à un kilomètre de la route, en hauteur. Je suis seul au monde, mon site de camping surplombe les environs, l'endroit est fantastique.



Le lendemain je poursuis ma route et j'attaque mon second col. 3200 mètres d'altitude, 2300 mètres de dénivelé. La vallée, très verte, suit le cours d'un grand torrent. Pas de soucis d'approvisionnement, je trouve des restaurants tout le long de la route. Des apiculteurs produisent sur place, je fais le plein.
Je monte sans difficulté, pour mon plus grand plaisir, et comme la pluie commence à tomber fortement en fin de journée, je passe la nuit dans un café.

Plus je monte, plus les arbres se font rares, et les maisons en dur laissent place aux yourtes et aux roulottes. Ici les gens vivent de l'élevage de juments et de brebis.
La route monte mais j'avance à mon rythme et j'arrive au sommet encore plein d'énergie.



Entre ce col et le suivant se trouve une vallée dont le point le plus bas est à 2200 mètres, couverte d'herbe rase et bordée de montagnes. Elle est parsemée de yourtes blanches dans lesquelles vivent des nomades qui ne se déplacent qu'à cheval, et une seule route la traverse.




Je m'arrête dans la seule ville de la vallée pour y faire le plein de nourriture. Problème : elle n'est composée que de cinq maisons et on n'y trouve que des sodas et des sneakers... Heureusement je trouve un magasin 20 kilomètres plus loin.

J'aperçois un groupe de cavaliers qui jouent au sport local. Je quitte la route et je m'approche d'eux. Il existe plusieurs versions de ce jeu. Là, ils sont en groupe autour d'une brebis décapitée qui se trouve à terre. Tous essayent de l'attraper sans descendre de cheval, de sortir du groupe et de venir la déposer sur une colline désignée. Dès que l'un d'eux l'a attrapée, les autres essaient par tous les moyens possibles de le déstabiliser.


Je les observe en compagnie de Kirghizes, et à deux reprises on me propose de m'héberger. Je passe donc la nuit dans une yourte, à 2500 mètres d'altitude, au milieu des montagnes... Mon hôte vit avec sa femme et son fils, et possède 3000 brebis. Ils passent 5 mois par an dans les montagnes, et redescendent l'hiver dans une petite ville. Il me fait goûter du "kœmous", la boisson traditionnelle. C'est du lait de jument qu'ils laissent fermenter 24h dans un tonneau en bois. Le goût est très très fort et n'a rien à voir avec du lait de vache ou de brebis. Cette première tentative n'est pas très agréable.



Je poursuis ma route en descendant la vallée, qui est toujours aussi belle.





A midi je prends mon repas dans une yourte-restaurant, on me sert à nouveau du kœmous, que je bois cette fois-ci plus facilement.

J'attaque le dernier col, qui monte à 3200 mètres comme le précédent. Mais comme je pars de 2200 mètres, ce sera cette fois-ci beaucoup plus facile.
L'heure tourne, et j'aperçois une yourte à côté de laquelle il me semble y avoir suffisamment d'espace horizontal pour pouvoir y planter une tente. Je décide d'y camper, et en arrivant je découvre une fourgonnette : la croisière rouge. Ce sont deux Français, Eugénie et Yannick, qui voyagent à travers l'Eurasie avec leur vieille fourgonnette. On discute, ils m'invitent à manger (et me sauvent des merveilleuses pâtes-cube-Maggi prévues pour ce soir), et nous passons la soirée ensemble.

Le matin je me réveille à 2700 mètres avec une superbe vue sur la vallée.


Avant de partir, la fille des nomades à côté de qui j'ai campé m'offre du kœmous, et cette fois-ci je l'apprécie! Est-il meilleur? Je m'y suis habitué?

Je termine le boulot de la veille et j'atteins le sommet sans difficulté. Avec des mollets pareils, vous me direz, c'est normal. Certes. Là se trouve un tunnel de 3 km, je le passe en stop. Ça aurait été une folie d'y entrer à vélo : il n'est quasiment pas éclairé, plein de nids-de-poule, et sans ventilation, donc complètement enfumé.

De l'autre côté les paysages sont complètement différents : la vallée est beaucoup plus encaissée, très rocailleuse, très belle également.


La descente est un régal, je double quelques minibus et semi-remorques.
Le soir j'atteins la capitale, et je retrouve Sam à l'hôtel. Enfin un peu de repos et une bonne douche!!

Je lance les démarches pour obtenir le visa chinois, et je profite des 10 jours pendant lesquels je dois patienter pour aller visiter le pays. Sans mon vélo cette fois-ci, je lui accorde pour une fois un peu de répit. En compagnie de Sam et d'un autre touriste, je pars me promener dans les montagnes quelques jours. Puis nous nous séparons.

J'avais très envie d'organiser une sortie à cheval autour du lac Songkol. J'en parle à Evelyse, rencontrée par hasard, et elle me suit. Nous croisons Elise et Sébastien, un couple qui avait le même projet, et ils se joignent à nous. Nous partons tous les quatre pour trois jours de cheval, avec Cholponbek, notre guide kirghize de 16 ans. Apprendre à monter à cheval n'est pas bien difficile, je suis au galop en moins d'une heure. Les paysages que nous traversons sont très beaux. Nous longeons un chemin de terre, et au-delà la nature s'étend, vierge à perte de vue.



Le second jour nous passons un col, et de l'autre côté se trouve le lac Songkol, à 3000 mètres, bordé de montagnes et isolé du monde. Seuls quelques nomades vivent là avec leurs troupeaux, dans un cadre assez exceptionnel. Je trouve ici exactement ce que j'étais venu chercher au Kirghizistan, et je suis heureux...



Nous nous approchons du lac, et nous nous baignons avec les chevaux. Lorsque le cheval perd pied et commence à nager, la sensation est incroyable. Ce moment est magique...



Mon cheval est plein d'énergie et a bon caractère, il se met à galoper dès que je le lui demande ou même spontanément. Je l'adore!


Après ces trois jours de cheval je rentre à Bichkek, je récupère mon visa, mais au moment de partir pour la Chine le guidon de mon vélo casse. Et me voilà bloqué une semaine de plus à Bichkek... Compte tenu du temps perdu lorsque j'étais malade, de l'obtention de mon visa plus longue que prévue, et de ces soucis mécaniques, je suis en retard sur mon planning. Or nous avions réservé un avion pour Sonja, mon amie, et je dois la retrouver au Vietnam. Je n'ai plus le temps de poursuivre comme je l'aurais souhaité. Je quitte donc le Kirghizistan en stop, à bord d'un camion, en direction de la Chine.

Sur le chemin, un peu avant la frontière, nous longeons une chaîne de montagnes dont les sommets baignent dans les nuages. Je les observe, éclairées à la lumière du coucher de soleil et avec la musique kirghize qu'écoute le chauffeur. Je quitte le Kirghizistan plein d'émotions, ravi de ce que j'y ai vécu. Et avec l'envie tellement forte d'y retourner pour voir tout ce que je n'ai pas vu...

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