Chili-Argentine sud : la Patagonie

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Après un long trajet en avion (30h de vol et 10h d'escale), j’atterris à Santiago et je remonte mon vélo qui ressemblait à un meuble Ikea dans son carton.
Quel bonheur d'être en Amérique du sud !!! Je peux enfin comprendre ce que les gens me disent, je troque les remarques incompréhensibles et incessantes en petites discussions. Je peux demander où, quand, comment, pourquoi, combien sans difficulté, et comprendre les réponses. Mon voyage en Asie a été extraordinaire et j'ai pu communiquer plus que ce que j’imaginais, mais après des mois, ne plus avoir cette barrière de la langue est un soulagement.

Je traverse la ville et j'arrive chez Ricardo, mon hôte contacté grâce à WarmShower (réseau d'hébergement de cyclotouristes). Lui et sa famille me reçoivent très très bien et j'y passe quelques jours. Je découvre le contact à la chilienne : ils sont très chaleureux, souriants, ils engagent la discussion facilement, et on a immédiatement l'impression que l'on s'apprécie. J'ai eu ce ressenti avec une grande majorité de Chiliens.

Mais la pièce que j'avais commandée pour remplacer mon moyeu qui s'était cassé au Laos n'est toujours pas arrivée.... et sans cette pièce je ne peux pas utiliser toutes mes vitesses. Ce n'était pas un souci en Asie du sud-est, mais il me sera très difficile de pédaler ainsi dans les Andes.
En attendant je décide d'aller faire un tour à Valparaiso où je passe trois jours. Contrairement à ce dont j'en avais entendu parler, je ne trouve pas que ce soit une belle ville. Les bâtiments sont quelconques, il n'y a pas de beaux monuments, le littoral est extrêmement bétonné et en partie occupé par un grand port commercial. Les ruelles dans les collines ont du charme, avec des maisons très colorées, mais la vue sur la ville en contrebas reste ennuyeuse.


De retour à Santiago je n'ai toujours aucune nouvelle de mon colis, et le magasin qui me l'a envoyé ne répond pas. Au bout de quelques jours j’apprends que le colis a disparu de la circulation depuis  trois semaines... Comme je ne sais pas s'il arrivera un jour et qu'il est hors de question que je reste à Santiago pour l'éternité, je décide de poursuivre mon chemin. Je m'achète un nouveau pédalier avec trois plateaux pour compenser l'absence de vitesses de mon moyeu, mais je ne peux pas monter de dérailleur avant et je dois passer les vitesses en prenant la chaîne à la main...

Au cours de la première journée mon vélo me pose des soucis : le dérailleur arrière fonctionne mal et je suis bloqué sur le petit pignon. Un système spécifique aux vélos couchés se tord en permanence et chaque fois je déraille.
Le soir je suis hébergé par Christian, mon nouvel hôte du réseau WarmShower. Une fois de plus je suis très bien reçu et c'est un plaisir de passer ma soirée en compagnie d'un Chilien. Je lui prépare le repas et j'ai à ma disposition une douche, une cuisine, un toit, de l'eau et de l'électricité.

Le lendemain matin je prends le temps de régler mon vélo minutieusement pour éviter les problèmes en cours de journée.
Les paysages que je traverse sont très secs, l'herbe est jaune et les arbres rares.
Petit à petit des arbres et des vignes apparaissent.


Je suis heureux d'être ici. Parler espagnol facilite énormément le contact avec les Chiliens et les petites choses de tous les jours. Après plusieurs mois de voyage j’apprécie cette facilité. Et les conducteurs chiliens sont exemplaires : ils doublent en respectant les distances de sécurité, et chose incroyable, s'ils n'ont pas la place ils attendent !!! Encore plus inimaginable : ils ne klaxonnent pas à longueur de journée, et me laissent systématiquement la priorité même lorsque ce serait clairement à moi de m'arrêter...

Je passe la soirée avec Roxane du réseau Warmshower et un de ses amis qui est œnologue et donc Français. Cette région est très vinicole et les producteurs ont fait appel à des œnologues français pour améliorer la qualité de leurs vins. Normal ! Et je dois dire qu'ils ont bien travaillé, ils sont de qualité !
Après des mois à parcourir le monde avec pour seules boissons de la bière, des sodas et du thé, c'est un bonheur de trouver du vin ici!

Le lendemain je reprends ma route à travers des paysages secs et des étendues de vigne.
Au bout d'un moment mon GPS m'indique un raccourci, j’emprunte la piste, et commence alors le parcours du combattant... A la première intersection une clôture m'empêche de bifurquer, des problèmes mécaniques me clouent au sol, à cause de mon GPS je m'égare sur des chemins agricoles serpentant entre les vignes. En coupant à travers champs je m'approche de la route initiale que j'avais quittée pour m'aventurer sur ce raccourci, mais je ne peux pas y accéder à cause d'une rivière, d'une paroi abrupte et d'arbustes. Pour rejoindre une autre piste je passe par dessus une première clôture de barbelés avec mon vélo dans les bras, puis par dessous une seconde. Mais la nouvelle piste est barrée 200m plus loin par un portail cadenassé. Je rejoins finalement la route initiale après des heures d’errements, mais des travaux commencent 500m plus loin et je m'enlise dans le sable et les graviers... Comme je n'en vois pas le bout je finis dans le coffre d'un Pick-up, et heureusement car les travaux s'étendaient sur 40km !


Le soir je campe dans une ferme, et le propriétaire me propose de prendre une douche, m'invite à manger quelques sandwichs, installe une rallonge sous ma tente. Je révise le nom des couleurs en anglais avec sa petite fille, je leur fais essayer mon vélo... La journée finit bien mieux qu'elle n'avait commencé !

Le lendemain matin je passe 2h à réparer mon vélo sur le bord de la route.
Pendant ce temps je vois passer plusieurs groupes de cyclistes encadrés de motards et des voitures sponsorisées chargées de vélos. Un peu plus tard j'apprends qu'il s'agit du "Tour de France" du Chili.

Je poursuis mon chemin et j'atteins la côte. Là se trouve une zone étrange avec des dunes de sable noir, au bord desquelles se trouvent des buissons verts aux fleurs jaunes. Le mélange des couleurs est extraordinaire !


Dans l'après midi le vent se lève, et ce sera la règle au Chili : de belles matinées et des après-midis ventées.

Au Chili tous les champs, toutes les maisons et toutes les forêts sont clôturées. Du coup trouver un endroit pour camper n'est pas évident et je demande à planter la tente à côté d'une maison. Pour la première fois depuis que j'ai quitté la Croatie, la femme refuse et me répond que "ici on ne donne pas la permission de planter la tente".

Les jours suivants les paysages changent. Je longe la côte que j’aperçois régulièrement et qui est très belle. Je traverse des collines boisées où les Chiliens exploitent le pin et l'eucalyptus.


Un soir je discute avec un voisin de mon site de camping, qui m'a proposé de sécher mes habits à côté de sa cheminée. Nous parlons des religions du monde, et il m'explique que dans certains pays les gens croient en la vache, et dans d'autres en Allah, comme en ALLAHmagne...

Malgré que le printemps soit déjà bien avancé, je redécouvre ici le froid. Les soirées et matinées en forêt sont glaciales !

Le moyeu que j'attendais depuis longtemps pour réparer mon vélo finit par arriver, je fais donc l'aller retour en bus pour aller le chercher à Santiago. Malheureusement le magasin s'est trompé et la pièce envoyée n'est pas compatible avec mon vélo... Je le démonte pour l'adapter, l'opération se passe bien mais j’appréhende : un moyeu démonté est forcément plus fragile, et j'ai besoin qu'il tienne pour que je puisse pédaler dans les Andes...

Dans la région où je me trouve, beaucoup d'Allemands ont émigré pour exploiter des plantations de pins et d'eucalyptus. Je rencontre quelques locuteurs allemands, et je trouve même des bretzels !!!

Un soir j'installe ma tente et des voisins me proposent d'utiliser "el agua caliente". En espagnol cela signifie "l'eau chaude", mais au Chili ce terme désigne la douche. Les premières fois j'ai refusé pensant que l'on me proposait de l'eau chaude pour du café, sans savoir à côté de quoi je passais... Cette fois ci j'accepte, tout content d'avoir une douche chaude. Mais une fois sous la douche... je me rends compte qu'elle est froide... Ils m'invitent également à dîner et je goûte pour la première fois un barbecue, spécialité chilienne. Je passe une excellente soirée avec eux, ils sont très chaleureux à la manière des Chiliens.


De nouveau mon vélo me cause des problèmes, et mon moyeu casse. Je me rends en stop à la ville suivante, mais manque de chance ce jour là est un dimanche et tous les ateliers sont fermés...
Je me retrouve donc à démonter mon moyeu sur le bord de la route. Deux pièces sont cassées, mais heureusement je peux les interchanger avec celles du moyeu précédent que j'avais conservé.


Le lendemain matin je me rends dans un magasin de vélo pour régler au mieux mon moyeu et éviter qu'il ne s'use prématurément. Le premier magasin refuse de m'aider car la manipulation est délicate et inhabituelle. Le second me laisse utiliser son atelier plusieurs heures, me donne quelques conseils, et refuse toute rémunération !
 

Avant de quitter la ville je retire de l'argent, et quelques minutes plus tard je me rends compte que je n'ai plus la pochette dans laquelle je range ma carte bleue et mon passeport... Après un moment de stress court mais sacrément intense, je la retrouve sur le distributeur automatique. Par chance personne ne l'avait vue...

Je prends ensuite la direction de la région des lacs. A la fois sur le territoire chilien et argentin, cette région du nord de la Patagonie est très montagneuse et parsemée de lacs. Ici je ne croise plus de plantations de pins et d'eucalyptus mais des forêts naturelles, qui ont nettement plus de charme.
J'arrive à Villarica, ville au bord d'un lac d'où la vue sur le volcan Lanin est incroyable...


Je prends ensuite la route de l'Argentine qui traverse les Andes et passe à côté du volcan. Le col est à seulement 1300m, mais la belle route se transforme en piste 30 kilomètres avant la frontière, et je mesure une inclinaison de 18° sur certaines portions... Entre la pente, les cailloux, le poids des sacoches et le modèle du vélo, c'est un travail d'équilibriste !
Malheureusement je chute et je casse une sacoche... Je commence à avoir l'habitude, j'effectue une réparation provisoire en un clin d’œil, et je repars le moral intact.
La route est quasiment déserte, je suis entouré de belles forêts et de montagnes, le cadre est excellent.
Lorsque j'arrive au col, les nuages se dégagent et me laissent entrapercevoir le volcan. Il culmine à 3800 m, se détache des autres montagnes qui paraissent toutes petites à côté, son sommet parfaitement conique est enneigé, magnifique ! Je suis en pleine nature, sans un bruit, sans la moindre maison, je décide donc de passer la nuit au pied du volcan.


La nuit, un animal vient roder autour de ma tente. J'entends et je sens ses pas, je suis attentif au moindre bruit, mon Opinel dans la main. Je m'imagine un ours, des loups, un puma... Mais le lendemain matin je vois des crottes qui ressemblent à celle des cervidés...
Je prends mon petit déjeuner avec vue sur le volcan. Je suis seul au monde, c'est l'un de mes meilleurs sites de camping !

Je règle mes freins en prévision de la descente et je repars. Je passe la frontière mais 15 km plus loin je me rends compte que j'ai perdu mon Opinel... Il m'est très utile, c'était un cadeau, il m'a accompagné depuis des mois et c'est un sacré souvenir, donc je fais demi-tour à pied. Je repasse la frontière, je marche pendant 5h, mais la piste est recouverte de cailloux et je rentre les mains vides.
Il est 18h30 lorsque je retourne à mon vélo et il me reste 65 km à parcourir pour atteindre la prochaine ville et me ravitailler. Heureusement je rejoins rapidement une route asphaltée, je bénéficie d'une belle descente, d'un vent de dos et je roule à un rythme très soutenu. Les paysages que je traverse sont très secs, très différents de ceux du côté chilien. Éclairés à la lumière de fin de journée, ils sont très beaux !


Le lendemain j'entame la journée avec un vent de face incroyable, mais vraiment incroyable... J'emprunte la route des sept lacs, qui est une route très connue de Patagonie. Elle serpente entre les lacs et les montagnes dans une zone où vivent seulement quelques communautés de Mapuchos, les Indiens autochtones. Le premier soir je campe à côté de l'un d'eux qui me demande entre autre si je roule en vélo couché parce que je suis infirme...
Je ne suis évidemment pas déçu par les paysages ! Tout le long, la route est bordée de fleurs violettes et de gros bouquets de fleurs jaunes. La faune est riche, je vois de nombreux aigles, des oiseaux très colorés, des perroquets, des oiseaux au bec très long, etc.



Dans ces régions où les villes sont très éloignées les unes des autres, je fais régulièrement le plein d'eau grâce à de petites rivières qui coulent sur le flanc des montagnes.

Je quitte ce paradis pour cyclistes et je poursuis vers le sud en direction de San Carlos de Bariloche et El Bolson. À l'entrée de Bariloche je demande à planter ma tente à côté de quelques maisons, mais je me trouve dans des quartiers résidentiels, et là où la pelouse est trop bien tondue l'hospitalité laisse à désirer...

Je me rends à un point de vue situé en haut d'une colline, et la vue est à couper le souffle. C'est l'une des plus belles que je connaisse : lacs, presqu’îles et montagnes s'entremêlent sur 270°...


La route pour se rendre à El Bolson traverse de grands espaces inhabités, longe quelques lacs, enchaîne de très longues montées et descentes. Aux points culminants, la vue sur les montagnes environnantes est impressionnante.



Je me fais piéger car je n'ai pas prévu de repas et je ne croise aucun magasin sur la route de toute la matinée. Mais heureusement je tombe à l'heure du déjeuner sur le seul hameau de la route avec un snack...

Après avoir profité de la région des lacs côté argentin, je voudrais connaître celle du côté chilien donc j'y retourne. Après avoir atteint le col qui fait office de frontière, je crève. Un magasin m'avait vendu des chambres à air avec liquide anti-crevaison. J'essaye de finir de les dégonfler pour les démonter, mais le liquide bouche la valve! Qu'à cela ne tienne, je crée un second trou à l'aide d'un couteau ! Heureusement que j'avais des pièces de rechange... Après avoir fini cette réparation je me rends compte qu'un petit caillou s'est glissé dans mon moyeu. En roulant je prendrais le risque de le casser complètement, donc je continue en stop jusqu'à la prochaine ville. Après être monté à 1600 m à la force des mollets, descendre en stop est assez frustrant !
Je passe une grosse partie de la journée suivante à démonter, nettoyer, graisser, puis remonter très méticuleusement mon moyeu.


Le lendemain je tombe sur mon premier lac chilien. La tentation est trop forte, j'y vais pour me laver. Quel bonheur ! Mais entre le lac, le soleil, les montagnes et la tranquillité, l'endroit est tellement agréable que j'y passe un bon moment à me baigner et à bronzer. Si j'avais eu de quoi manger j'y aurais passé la nuit volontiers !


Le soir alors que je cherche un endroit pour  passer la nuit, je me fais éjecter sans ménagement d'une première propriété, puis je suis très bien reçu dans une seconde. C'est très représentatif de mes différentes expériences en Amérique du sud : certaines personnes me reçoivent très bien, et d'autres refusent même de recharger mon portable pendant la nuit ! Ça ne coûte pourtant rien, je ne sais pas ce qui peut rendre certaines personnes si individualistes...

De nouveau mon vélo me cause des problèmes et m’immobilise sur le bord de la route... Après 1h à attendre que quelqu'un veuille bien s'arrêter, je trouve finalement une place dans le coffre d'une voiture. En voyant toutes ces personnes passer sans s'arrêter, je n'ai pas pu m'empêcher de me faire la remarque qu'il y a beaucoup moins de gens présents lorsque j'en ai besoin que lorsqu'il s'agit de m'accoster pour discuter de mon vélo et de mon voyage.

Les deux jours suivants je poursuis mon chemin, et de la même manière, je m'arrête systématiquement au bord des lacs que je croise pour me laver, me baigner et profiter du soleil.


Je retourne finalement à Villarica, d'où j'avais commencé ma boucle à travers la Patagonie. Je suis ravi de mon parcours dans cette région des lacs chiliens et argentins. Entre les montagnes, les lacs, la faible circulation et la météo, c'est un vrai paradis pour cyclistes !


Diaporama Chili



Diaporama Argentine

2 commentaires:

  1. Ça envoie du pâté Adar, c'est ultimement beau !
    Mais c'est qui ce type qui enjambe la clôture? Une envahisseur Chilien?

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    1. C'est exactement ça camille! J'ai envahi le monde à moi tout seul!!! :D

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